Se former
Malgré mon cursus et mes expériences, il est hors de question de partir travailler à Crozet comme ça, au talent. Les gestes et les travaux expérimentaux que j'effectuerai là-bas ne sont faits nulle-part ailleurs, il est donc indispensable de se former avant de partir.
La formation scientifique
En tant que biologiste, ce sont les laboratoires auxquels je suis mis à disposition par l'Institut Polaire Français Paul Emile Victor qui sont en charge de me transmettre les connaissances et les compétences pratiques nécessaires. Ces dernières viennent compléter celles déjà acquises afin d'être certain.es qu'il n'y aura aucune confusion une fois isolé sur place. Les mois de septembre et d'octobre précédant le départ sont donc consacrés à des déplacements dans les laboratoires où je suis accueilli par les chercheurs en charge des projets.
Les présentations théoriques permettent de faire le plein de connaissances de base sur la faune, leur conservation, leur écologie, et toutes les enjeux de conservation qui les concernent, mais aussi sur les projets de recherche, leurs objectifs, leurs fonctionnements, et leurs histoires. Ni moi ni mes futurs collègues ne voyons le temps passer pendant ces conférences passionnantes, presque irréelles. Aujourd'hui encore, je ne parviens pas à croire que j'étais assis là, à m'entendre parler de la reproduction des albatros, des impacts de la pêche sur les pétrels, des performances de plongée des manchots royaux, ou des techniques de contention des éléphants de mer. A vrai dire, ces moments de pétillement intellectuel sont à eux seuls une aventure intérieure sensationnelle. A mesure que les jours s'enchaînent, nos tête se remplissent de connaissances et nos cerveaux développent une sensibilité qui ne demande qu'à être confrontée au terrain.
Les formations pratiques ponctuent les journées de formations. Nos directeurs de projet doivent nous inculquer en peu de temps un grand nombre de gestes que nous n'avons jamais effectués dans le passé. Nous apprenons alors à capturer et contenir de grands oiseaux, fixer des balises GPS sur le plumage, saisir et organiser nos données dans les bases de donnée, paramétrer des balises, réaliser nos manipulations de laboratoire, utiliser le matériel de terrain... Ces moments ancrent notre aventure dans le concret. Nous pouvons alors nous imaginer sur le terrain. Après tout, ce sera le cœur de notre travail, ce pourquoi nous voulons tous partir. Il est d'une importance capitale de maîtriser tous ces gestes, car nous serons amenés à manipuler des espèces animales sensibles, profilés pour survivre dans un environnement extrême. Nos erreurs de manipulation pourraient avoir des conséquences néfastes sur les individus capturés. C'est intimidant, mais excitant. Nous partirons tous en espérant que ces gestes appris en laboratoire reviendront vite. Nous retenons dans tous les cas une chose essentielle : sur le terrain, rien ne se passera comme prévu et nous devrons constamment faire preuve d'adaptation.
Le séminaire de l'Institut Polaire Français Paul Emile Victor
Lorsque je serai sur le terrain, j'aurai certes mes missions scientifiques à réaliser, mais cela ne me prendra qu'une partie de mon temps. En effet, l'ensemble des expéditionnaires se devra d'avoir plusieurs casquettes. Nous serons tous secouriste, bricoleur, logisticien, psychologue, journaliste, biologiste... La vie sur base en petite communauté multidisciplinaire implique l'entraide, la compliance, et la polyvalence. Afin de nous sensibiliser à ces enjeux, nous faire rencontrer nos futurs collègues, et nous former à ces palettes de compétences, l'Institut Polaire Paul Emile Victor nous a reçus pendant une semaine dans leurs locaux à Brest.
Vétérinaires, biologistes, physiciens, électroniciens, informaticiens, mécaniciens, gérants postaux, météorologues, anthropologues, médecins, et même cuisiniers (pardon pour ceux que j'oublie...) étaient réunis. Nous avons parlé sécurité, logistique, communication, gestion de crises, psychologie, projets scientifiques, législation et avons pu enfin rencontrer les personnes qui nous emploient à l'Institut. Cette semaine a été perçue comme un accueil dans une grande famille. Celle des expéditionnaires polaires français, qui s'agrandit depuis près de deux siècles. Une semaine intense, pleine de moments d'émotions et de frissons qui m'a permis de réaliser la chance que j'avais d'avoir été choisi. J'ai pu rencontrer les autres jeunes hivernants qui partent à Crozet, mais aussi à Kerguelen, Amsterdam, et Dumont D'Urville l'une des bases françaises présentes sur le continent Antarctique.
Toutes ces personnes ont déjà marqué ma vie par leur gentillesse, leur humour, leur ouverture d'esprit et leur richesse intellectuelle. J'espère recroiser un jour ces gens qui partent dans des destinations différentes de la mienne. Nous nous raconterons nos aventures et nous rappellerons avec nostalgie ces jours passés ensemble à découvrir ce qui nous attendait.
Ces formations sont le début de l'aventure. Elles marquent un avant, le début de la suite de nos vies. Les personnes rencontrées seront celles avec qui je me souviendrai cette aventure. Je voudrais remercier les chercheurs de me faire confiance pour mener à bien la continuité de leurs projets, l'Institut Polaire pour son accueil et tous ces rêves offerts, et toutes les personnes qui ont pris un moment pour nous transmettre ces connaissances magnifiques.
Les formations se termineront le 21 septembre. Ce temps restant est précieux et doit être bien utilisé. Après cela, il me restera deux semaines pour me préparer et faire mes aurevoirs, puis ce sera l'heure tant attendue du départ...
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