Les différentes phases de recrutement
Être accepté par l'IPEV (Institut Paul Emile Victor) pour partir dans les terres australes et antarctiques françaises (TAAF), ça n'a pas été facile.
J'ai appris l'existence de ces volontariats de services civiques en 2018. J'étais alors en dernière année d'études vétérinaires à Toulouse et Arnaud, qui passait son diplôme d'école à la clinique de la faune sauvage de l'école, nous a appris qu'il partait l'année suivante étudier les manchots royaux à l'autre bout de la terre. A l'époque, l'idée me séduisait, mais je n'envisageait pas de partir aussi loin, ni aussi longtemps. En 2020, quand je passais mon diplôme d'Ecole à l'Ecole Vétérinaire de Toulouse (le même qu'Arnaud), ce projet un peu fou a refait surface. J'étais un peu perdu, et je ne savais pas quoi faire de ma vie à ce moment là. Je voulais à tout pris éviter de partir travailler en clinique vétérinaire, l'idée de m'enfermer sous des néons pour le reste de ma vie me faisait peur. Fany, ma collègue, (aujourd'hui vétérinaire du zoo de Martinique), rêvait de partir dans les TAAF, et m'a encouragé à tenter ma chance. Cette année là, je n'ai pas osé candidater pour les hivernages d'une durée de 14 mois, alors j'ai passé des entretiens pour les campagnes d'été qui durent 6 mois. Après de nombreuses visioconférences sur zoom avec les chercheurs de divers projets (dont une alors que je m'apprêtais à décoller pour San Pedro dans un petit avion à hélices en côte d'Ivoire), j'ai fait choux blanc. Aucun des projets n'a voulu de moi. Qu'à cela ne tienne, j'ai réessayé l'année suivante. Mon année 2022 a donc été ponctuée de nouveaux entretiens, et cette fois ci, pour des hivernages. Après avoir essuyé un premier refus pour le projet 119, la chance me sourit enfin, et l'équipe de recrutement des projets 294 et 1151 me confirment par mail que je serai leur scientifique sur place...
Vous voulez partir dans les TAAF ? Allez, je vous fais revivre avec moi mon long et fastidieux recrutement..
Etape 1 : être sélectionné.e
L'IPEV et les TAAF proposent chaque année des postes à durées variables dans divers domaines, pas uniquement scientifiques, et mine de rien, ça brasse pas mal de monde. Pour commencer, il faut jeter un coup d'œil à ces offres sur les différents sites internet. Chaque année, une dizaine de postes de volontariat de service civique sont proposés sur le site de l'IPEV. La première étape est donc de sélectionner des postes et envoyer un CV et une lettre de motivation aux différentes équipes de recrutement afin de décrocher un entretien en présentiel ou distanciel. Mon entretien pour le 119 s'est déroulé à Strasbourg, à l'IPHC, dans une pièces remplie de livres sur les oiseaux des îles subantarctiques. Ensuite, c'est l'insupportable attente. Les équipes choisissent en général quelques candidat.e.s qu'ils classent par ordre de préférence pour constituer une liste d'attente en cas de désistement. Si vous être classé.e en tête, alors bravo, vous êtes l'élu.e, et vous pouvez passer à la phase de recrutement suivante...
Etape 2 : Les examens médicaux
A ce stade, tout n'est pas encore gagné... En fait, les conditions de travail sont tellement particulières sur place (isolement, vie dans une petite communauté pendant longtemps, climat rude, accès limité aux soins médicaux, rapatriement difficile...), que l'IPEV doit s'assurer que vous êtes en bonne santé et que vous ne nécessiterez pas de soins médicaux lourds sur place. Il faut alors faire remplir des attestations de bonne santé à un dentiste, un ophtalmo, et un gynéco. En plus de cela, vous êtes convoqué.e à Paris pour passer une batterie de tests : prises de sang, audiogrammes, électrocardiogrammes, tests urinaires, radios thoraciques... Si tout est bon, l'IPEV envoie un document certifiant que vous êtes apte à partir. Si ce n'est pas le cas, malheureusement, le recrutement s'arrête pour vous et le.la deuxième candidat.e sur liste d'attente part faire ses examens. Pendant mes examens, j'ai rencontré Nicolas. Il a mon âge, part lui aussi à Crozet pour un hivernage et passait ses examens en même temps que moi. Je ne le connais pas encore, mais dans deux ans nous aurons vécu cette formidable aventure ensemble.
Bon, admettons que votre corps va bien, bravo. Et bien tout n'est pas encore joué car il faut maintenant vérifier que votre tête aussi...
Etape 3 : Les examens psychologiques
Pendant votre passage à Paris, il vous est aussi demandé de passer au ministère des affaire étrangères pour passer des tests d'aptitude psychologiques. Cet examen dure 3h et consiste à remplir une poignée de questionnaires écrits et passer un entretien d'environ une heure avec le psychologue. On vous questionne sur votre personnalité, votre passé, vos appréhensions, vos enthousiasmes. J'ai même eu le plaisir de passer un test de Rorschach, vous savez, celui avec les taches d'encre. Pour mes examens, Nicolas était là aussi. Un petit soutien émotionnel pendant cet après midi un peu stressante était le bienvenu. Si tout se passe bien pour vous là aussi et que vous êtes jugé.e apte par le psy, alors ça y est !
Félicitations, vous partez pour les terres australes et antarctiques françaises ! Il ne vous reste qu'à remplir des dossiers administratifs et vous êtes officiellement expéditionnaire.
L'ensemble de ces démarches a pris entre 3 et 4 mois, et n'a pas été de tout repos. Maintenant que je suis officiellement recruté, je dois préparer mon voyage : faire mes malles, m'informer, suivre des formations, rencontrer mes co-hivernants... Mais tout ça, c'est que du bonheur...
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